18 avril 2006

Eterview Denis Zwirn PDG de Numilog

Eterview de Denis Zwirn fondateur et dirigeant de Numilog


Vous avez créé en 2000 et dirigez depuis Numilog, société spécialisée dans la vente et la distribution de contenus numériques. Force est de constater, en 2006, et c'est un plaisir, la pérennité de votre entreprise qui, au fil du temps, a diversifié ses activités. Quel était, au départ, votre concept ?

- Merci pour cette remarque. Le concept de départ était le même qu'aujourd'hui : proposer des livres numériques récents, dans tous les domaines, en partenariat avec les éditeurs, avec des formats de lecture permettant d'utiliser le plus de supports électroniques possibles, sans s'enfermer dans un système propriétaire.

Comment définiriez-vous Numilog aujourd'hui : librairie en ligne, webrairie, librairie électronique, bibliothèque en ligne, fournisseur de contenu... ? Compte tenu que vous intervenez aussi dans l'impression numérique, l'auto-édition, le e-learning... Et quoi d'autre ?

- Toutes vos définitions sont bonnes, ou presque, sachant que j'ajouterai aux trois premières : "de livres numériques". Numilog est avant tout une librairie en ligne de livres numériques. Donc un fournisseur de contenus, ou, comme le disent nos confrères anglo-saxons, un "agrégateur".
Par contre, nous ne sommes pas une "bibliothèque en ligne" car les bibliothèques sont nos clientes : nous leur permettons de développer leurs propres bibliothèques numériques en ligne. Autour de notre activité de libraire, nous avons développé des activités complémentaires, toujours en relation avec le numérique : impression numérique pour les éditeurs ou pour les auteurs souhaitant s'auto-éditer, impression numérique de livres personnalisés permettant de réaliser des supports de formation, et enfin services de sécurisation de la distribution numérique de documents.

En six ans vous avez donc évolué, mais avez-vous remarqué également (sans doute) une évolution des internautes qui viennent sur vos portails numilog.fr ou numilog.net télécharger des ouvrages ?

- En effet, les internautes sont à la fois plus divers et de mieux en mieux informés. Plus divers, car au début il s'agissait essentiellement d'informaticiens ou de fans du numérique. Aujourd'hui, nos clients sont également des étudiants de toute discipline, des enseignants, des personnes qui se déplacent avec leur PDA, des personnes âgées, des handicapés moteur ou visuel, etc. Ils sont moins fans que les lecteurs du début mais en même temps très bien informés sur les possibilités de la lecture numérique, les logiciels à utiliser, etc. Et dans l'ensemble ils trouvent cela très simple !

Vous avez été pionnier, mais aujourd'hui des géants arrivent, et pas seulement Google ! Sony accompagne son Reader d'une plateforme de téléchargement (Sony Connect Store qui arriverait en France fin 2006) et une rumeur persistante laisse penser qu'Amazon nourrit le même projet et proposerait un appareil de lecture, à un prix grand public et compatible uniquement pour le téléchargement des livres numérisés en vente sur ses plateformes... Qu'allez-vous devenir et comment rêvez-vous Numilog demain ?

- Toutes ces annonces me font très plaisir ! Elles prouvent que nous avions raison de miser sur l'avenir du livre numérique et que de nombreuses perspectives vont s'ouvrir avec la création d'un marché bien plus important.
Numilog, en tant que pionnier, et principal partenaire actuel des éditeurs français, continuera je le pense de jouer un rôle important sur ce marché. Les éditeurs ne vont pas tous se précipiter, loin de là ! pour offrir leurs contenus à ces géants, surtout s'ils réclament l'exclusivité et menacent à terme leur indépendance en matière de distribution numérique. C'est un vrai risque pour eux. Il n'y a qu'à voir leur réponse actuelle, tout à fait légitime, face aux initiatives de Google. Ils sont propriétaires des contenus, et peuvent très bien préférer s'organiser par eux mêmes pour la valorisation de ces contenus, en partenariat avec des spécialistes du livre numérique, comme le font les éditeurs allemands à travers l'initiative VollTextSuche.
Numilog peut être ce partenaire coopératif en France pour un grand nombre d'éditeurs. Et puis tous ces géants sont eux mêmes concurrents et nombreux. Par exemple une filiale de Phillips annonce également un nouvel appareil à base d'encre électronique, le i-Rex. La meilleure manière d'organiser l'industrie sera alors, à nouveau, de s'en remettre à des formats interopérables, comme Adobe PDF, Mobipocket PRC, Microsoft LIT...et nos catalogues à ces formats sont très en avance sur tous les acteurs que vous avez évoqués.

Le plus dangereux pour votre activité ne serait-il pas la multiplication de petits sites non commerciaux qui proposent en masse des téléchargements gratuits de livres ?

- Non pas du tout. Ces petits sites ne proposent pas de livres récents sous droit d'auteur, ce qui constitue notre principal marché.

Quel serait pour vous, demain, l'appareil de lecture idéal ? (Et, éventuellement, avez-vous des projets sur ce secteur ?)

- Nous n'avons pas de projet dans ce secteur : nous sommes une librairie, pas un industriel. Je refuse par ailleurs de répondre à cette question de "l'appareil idéal", récurrente depuis 1998 au moins (date à laquelle j'ai commencé à m'intéresser de près au livre électronique). Il n'y a pas selon moi d'appareil idéal qui serait la solution miracle universelle pour la lecture numérique, une sorte de Deus ex machina de l’ebook ! D'une part parce que ce serait nier la diversité des livres, des lecteurs et des pratiques de lecture : y a t il un format de livre imprimé et un type de papier idéal ? Aujourd’hui certains de nos lecteurs lisent avec grand plaisir des romans du début à la fin sur leur PDA. D'autres utilisent leur ordinateur pour consulter des pages de livres techniques ou universitaires et y effectuer des recherches plein texte puis imprimer quelques pages. Des personnes non voyantes utilisent les livres numériques pour leur fonction de synthèse vocale ou de lecture braille, des handicapés moteur pour le défilement automatique... Les appareils à base d'encre électronique, arlésiennes du ebook qu'on annonce depuis si longtemps, représenteront-ils l'appareil idéal ? Je ne le pense pas, même s'ils peuvent, pour certains lecteurs, pour certains livres, représenter un confort de lecture accru dans certaines ambiances lumineuses. C'est évidemment une bonne chose qui sera favorable au marché, mais ce ne sera qu'un progrès parmi d'autres dans un univers de technologies qui en apporte de nouveaux chaque jour. Et chaque lecteur choisira entre les avantages et inconvénients des différents appareils : résolution de l'écran, rétroéclairage ou encre électronique, mais aussi prix, poids, possibilités d'impression, polyvalence de l'appareil...

Vous disiez que les bibliothèques étaient vos clientes. Quelles sont vos réalisations en matière de bibliothèques numériques ?

- On parle beaucoup aujourd'hui de "bibliothèques numériques", avec des débats qui font couler beaucoup d'encre (non électronique), notamment autour du projet Google Print et du projet de Bibliothèque Numérique Européenne.
Le projet de Google, au moins en ce qui concerne la partie des livres sous droit, n'est pas du tout un projet de bibliothèque numérique : il s'agit simplement d'un catalogue doté d'un bon outil de recherche. C'est, potentiellement, et si la question des droits était réglée correctement, Electre + la fonction Plein Texte (que Numilog propose également sur son site).
Quant à la BNE... elle n'a semble-t-il aucune proposition de livres récents, ni de modèle (juridique, commercial, d'usage...) clair quant à la manière dont elle pourrait les proposer.
Numilog propose de son côté des solutions opérationnelles de bibliothèque numérique - qui permettent de "prêter" des livres numérique avec un modèle qui fonctionne - depuis plus deux ans.
La bibliothèque numérique existe donc vraiment, elle n'attend pas l'Europe : mais il n'y en a pas une, il y en a plus de 30 ! Par exemple, les bibliothèques universitaires de Dijon, d'Aix-Marseille II, de la Rochelle, de Paris IV, d'Avignon... et les bibliothèques municipales de Grenoble, Troyes, Boulogne-Billancourt, Antony, Saint-Quentin en Yvelines. Également la bibliothèque nationale numérique du Québec. Une de ces bibliothèques numériques me tient particulièrement à cœur : la bibliothèque numérique du Handicap, à l'initiative de la ville de Boulogne Billancourt, qui s'adresse à plusieurs types de handicapés pour utiliser au mieux toutes les possibilités du livre numérique afin d'améliorer leur accès à la lecture.

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